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Dimanche 14 Décembre 2008
“Les psychiatres nous ont détruit”
Par Jean-Pierre VERGES, à Solliès-Pont

Le Journal du Dimanche

Michel Previdi n’en démord pas. Ce sont les psychiatres qui ont poussé sa femme et ses deux filles à mettre fin à leurs jours à cinq mois d’intervalle. Virginie, d’abord, son aînée, âgée de 28 ans, qui, fin juillet, s’est abandonnée sous un TGV lancé à pleine vitesse, à 300 mètres du pavillon familial de Solliès-Pont (Var). Mercredi, son épouse Sylvie, 50 ans, et Amélie, leur cadette de 22 ans, ont choisi le même endroit pour mourir.
Incroyables suicides au sein d’une même famille à Solliès-Pont (Var). (Reuters)

“Les psychiatres nous ont détruits, accuse aujourd’hui ce patron d’une société d’entretien de piscine. Ma femme et mes filles ont subi des traumatismes dont elles ne se sont pas remises.” Selon lui, l’origine de ce triple suicide remonte à la dépression de son aînée, une commerçante locale. “Elle déprimait comme beaucoup de jeunes, mais elle a malheureusement été prise en main par une psychiatre qui l’a gavée de psychotropes, assure cet homme de 58 ans. Son cerveau a ensuite pété les plombs.” Lire la suite »

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LE MONDE | 02.08.06 | 17h57
Le Japonais cannibale : les confidences d’un ogre
Le “vieux puits moussu” du jardin de la maison de Kamakura, aux environs de Tokyo, qui terrorisait le petit garçon, est le point de départ et le terme d’un roman, Le Feu du Karma, qui sortira en septembre.

C’est une descente dans “la forêt intérieure de mon coeur”, explique Issey Sagawa. La formule renvoie aux plus profondes ténèbres de l’âme humain.

Cet homme est l’auteur d’un meurtre atroce commis à Paris, le 11 juin 1981. Celui d’une jeune étudiante néerlandaise sur le cadavre de laquelle il se livra à des actes de cannibalisme avant de le dépecer.
Arrêté deux jours plus tard, le brillant doctorant en littérature comparée est d’abord incarcéré à la Santé. Considéré comme malade mental souffrant de troubles psycho-organiques, il séjourne ensuite dans un établissement psychiatrique, avant d’être renvoyé au Japon. A Tokyo, il est interné dans l’hôpital Matsuzawa. Issey Sagawa en sort quatorze mois plus tard.

Les psychiatres japonais ont diagnostiqué qu’il souffre de “troubles de la personnalité”, mais qu’il ne présente aucun symptôme psychotique. Par conséquent, rien ne justifie son internement.

Depuis août 1985, Issey Sagawa est donc libre. Déclaré dément au moment des faits, il a bénéficié en France d’un non-lieu en mars 1983. Il aurait pu être poursuivi au Japon pour “crime commis à l’étranger” puisque déclaré sain d’esprit par les psychiatres nippons. Mais il avait bénéficié d’un non-lieu en France : la police japonaise n’avait aucune raison de le poursuivre. “Si l’affaire s’était produite au Japon, il aurait été condamné”, estime le spécialiste de psychiatrie criminelle Hisao Kato.

Issey Sagawa a bénéficié de la béance entre les systèmes judiciaires français et japonais, dont son père, un industriel puissant à l’époque des faits, a su jouer pour faire rentrer son fils au pays, puis le faire sortir de l’hôpital.

Pour le meurtrier, ce fut le commencement de ce qu’il présente comme un calvaire. “Mes parents et ceux de la victime ont terriblement souffert. Mais, pendant ces années, j’ai vécu une vie plus dure que la mort. D’une certaine manière, la peine de mort “sauve” le criminel. Moi, j’ai éprouvé la douleur de vivre comme un criminel et d’endurer cette épreuve, à laquelle parfois je pense mettre un terme en me donnant la mort, c’est, croyez-moi, une forme de repentir”, nous dit-il.

Dans son petit appartement donnant sur jardin dans un grand ensemble de la banlieue est de Tokyo, Issey Sagawa reçoit avec courtoisie. L’ameublement rococo, la méticulosité avec laquelle ont été placés les bibelots et statuettes, la collection de petites poupées de sa mère dans une vitrine, une reproduction de Renoir et, çà et là, des animaux en peluche lui donne une atmosphère de bonbonnière bercée par une musique de Mozart. Frêle, le menton orné d’une barbichette, il parle doucement, s’exprime dans un français un peu hésitant ou en japonais s’il veut nuancer ses propos.

A sa sortie de l’hôpital, Issey Sagawa connaît une aventure médiatique extravagante : une douzaine de livres aux détails scabreux dont la lecture laisse un sentiment de malaise, des films porno, une bande dessinée, des articles… Exhibitionniste narcissique pour le psychiatre qui l’a suivi, il est la proie facile des médias et des éditeurs qui en font un “ogre des temps modernes”.

“J’ai commis un crime atroce et le remords envahit mes nuits”, dit Issey Sagawa. “La médiatisation à laquelle je me suis prêté a commencé quand j’étais à la Santé. Je n’avais qu’un crayon et un cahier et pour chercher à comprendre ce qui s’était passé, je notais tout ce qui me submergeait. Un Japonais est venu me voir et m’a demandé si j’avais écrit quelque chose. Je lui ai prêté mon cahier. Un mois plus tard, un ami français m’annonçait qu’un éditeur japonais allait publier mes notes sans m’avoir consulté. J’étais consterné et impuissant. Seul le titre est de moi Dans le brouillard. Je n’ai jamais relu les épreuves. C’est ainsi que ma saga médiatique a commencé : par une escroquerie éditoriale.”

Le livre fut tiré à 200 000 exemplaires. “Par la suite, je fus trompé également par l’auteur de théâtre Juro Kara, qui publia sans mon accord les lettres que nous avions échangées à propos d’un éventuel film sur mon affaire.”

Pendant deux ans, après sa sortie de l’hôpital, traqué par la presse à scandale, Issey Sagawa a cherché un travail. Toutes les portes se sont fermées. “La seule issue était d’entrer dans le jeu des médias. C’était la période de l’argent facile de la bulle spéculative, et des journalistes arrivaient chez moi avec des liasses de billets qu’ils posaient sur la table”, se souvient-il. “Plus encore que leur auteur, ce sont les éditeurs qui sont condamnables pour apologie du crime”, estime Hisao Kato.

Aujourd’hui, Issey Sagawa est un peu oublié. “Il n’a plus de valeur marchande en tant que criminel”, déclare, cynique, le directeur de la rédaction d’un magazine à scandale. Il vit en reclus, prisonnier de ses tourments. Il lit, écoute de la musique, peint des aquarelles. Pendant des semaines, il ne parle à personne. Dans le voisinage, “on sait qui je suis et tout le monde se détourne”, dit-il. Au cours des cinq heures passées en sa compagnie, Issey Sagawa parle avec finesse de Yasunari Kawabata, Prix Nobel de littérature, de l’opéra, de Dostoïevski…

Parler est ce qui lui manque le plus, explique-t-il. Le psychiatre qui le suit lui prescrit des médicaments, mais ils n’ont aucun échange. “Seule une jeune femme psychiatre au pavillon Henri-Collin à l’hôpital de Villejuif où j’étais interné m’a vraiment écouté”, se souvient-il.

“Dans un certain sens, je regrette d’être revenu au Japon : si j’étais resté en France, peut-être aurais-je été soigné. Dans mon dernier livre, je ne cherche pas à “justifier” l’inadmissible mais à remonter le fil : le cannibalisme est un symptôme d’une incapacité à m’intégrer à la société. Cet acte était une obsession. Il fallait que je le commette. C’est en cela que je suis malade.”

Au fond de son puits, Issey Sagawa reste désespérément seul.

Philippe Pons
Article paru dans l’édition du 03.08.06

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